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Transition - partie 4

Nous y voilà, ma dernière histoire sur l’année 2019. L’objectif d’une année, une icône parmi les cyclosportives : l’Etape du Tour. Cette année c’était 135km, d’Albertville à Val Thorens, pour un total de 4500m de dénivelé positif. Yolo !

Rien ne se perd

Comme pour les autres parties, j’écris avec quelques mois de décalage. Aussi bien pour les trois premières parties de cette série Transition, il a fallu que je me creuse un peu les méninges mais pour cette dernière ça sera beaucoup plus simple. Autant vous dire que cette journée du 21 juillet fût marquante.

8h40, c’est l’heure du départ pour le sas 14, l’ambiance est chaleureuse mais ça part déjà dans tous les sens. La première étape est de trouver une roue à prendre, un groupe dans lequel je peux rester au chaud pendant quelques bornes mais rien. Je cherche alors à mettre d’autres cylosportifs dans ma roue en espérant qu’ils prennent des relais, mais là encore : rien. Tant pis, ça sera en solitaire que la première ascension va se faire et elle est plutôt longue : 40 bornes jusqu’au sommet du Cormet de Roselend, sachant qu’on est qu’à grosso modo 340m au dessus de la mer et que le sommet culmine à 1968m, beau planning pour la matinée.

Trois quarts d’heure après le départ j’arrive à Beaufort, ça y est on va rentrer dans le vif du sujet. Il fait frais, surtout sur la première partie jusqu’au col du Meraillet, à l’abris du soleil sous les sapins qui couvrent la route. Sur un rythme que j’estimais correct pour cette première grimpette de la journée, je rattrape pas mal de monde, ce qui m’amène à la réflexion que je le paierai peut-être plus tard. Une fois le col du Meraillet passé, je me demande quand est-ce qu’on va en terminer avec cette montée qui n’a pas l’air d’en finir. Une participante qui me dépasse avec un panache plutôt surprenant m’indique que la bascule n’est que dans quelques virages. Yes, il était foutrement temps de se mettre à descendre. Juste wah, mais alors ça te coupe la chique tellement le paysage est magnifique : le barrage qui retient le lac de Roselend, le bleu de l’eau entouré par les montagnes. Ça vallait la peine d’en chier un peu.

etape du tour - cormet de roselend Franchement, ça en vaut pas la peine ?

C’est en contemplant le panorama que je me prend une douche froide : mais c’est quoi encore cette montée ? Je pensais qu’en arrivant au lac on allait descendre directement sur Bourg-Saint-Maurice mais non, pas du tout. Il faut encore taper dans le sapin pendant 8 bornes avant le premier ravitaillement et surtout de reposer les jambes. Tout en haut, il n’y a plus d’arbres pour se cacher du soleil (qui a prévu de taper très fort aujourd’hui), ça commence à chauffer pas mal là bas et les jambes commencent aussi à voir rouge.

etape du tour - final cormet de roselend Quand tu crois que c’est fini, y’en a encore

Hallelujah, le premier ravitaillement permet de faire un petit break pour se recharger en eau pour le reste de la journée même si d’autres seront présents sur le parcours. C’est parti pour la descente jusqu’à Bourg’. Ça déroule bien, la route est un véritable billard mais il y a forcement un kwak : on est trop nombreux pour descendre. Je n’ai pas la prétention de savoir descendre un col mais avoir un peu de théorie (ok, il y a un monde avec la pratique) aide grandement et je n’ai pas l’impression que ça soit le cas de tout le monde ici. Alors prendre l’extérieur pour plonger à la corde et sortir large, c’était clairement pas faisable. D’ailleurs l’histoire le confirmera : un accident est survenu à cause d’un type qui a déboulé trop vite et a coupé la route d’un participant. Prudence, concentration et être conscient des gens qui nous entourent.

Rien ne se crée

Une fois Bourg-Saint-Maurice passé, je me dis qu’on est presque à la moitié, alors, et comme je n’ai pas envie d’avoir de regret, je crame encore quelques cartouches sur la portion d’une dizaine de kilomètres qui fait la jonction jusqu’à la côte de Longefoy. Ici, toujours pas de roues à prendre et je commence à prendre conscience que j’en fais sans doute trop. Les efforts fournis jusqu’à maintenant se font ressentir, je décide donc de tout mettre à gauche et je réduis la cadence pour temporiser et me refaire. Je le redis, la journée n’est clairement pas fini.

Les habitants sont ultra sympas et proposent même de remplir nos gourdes chez eux (une petite goutte d’EPO m’sieur dame ?), j’aime beaucoup cet accueil de leur part. C’est super agréable d’autant plus que le mercure ne cesse de monter. 1h10 pour avaler 10 bornes, la petite case de la deuxième difficulté de la journée est cochée.

etape du tour - cote de longefoy

Tout se transforme

Et voilà, 100 bornes au compteur. Là je me dis “ok dude, on y est, plus que 33km”, mais il reste un sacré chantier : la montée vers Val Thorens, la station de ski la plus haute d’Europe qui culmine à quelques 2300m d’altitude. Ça fait un beau bébé pour terminer une journée qui est déjà très longue et qui commence à me peser. C’est donc dans Moutiers que nous débarquons après être passé sur la voie rapide ainsi que sous un tunnel qui laisse apparaître la foule qui est là pour nous encourager pour le dernier effort à fournir. Déçu d’avoir loupé mes proches qui ont fait le déplacement pour l’occasion, je m’arrête alors pour un dernier ravito’, faire le plein des gourdes et reprendre quelques barres.

On sort de Moutiers, une épingle à droite et on commence la grimpette sur une route étroite, et qui, pour l’instant nous donne une vue sur la ville que l’on vient de quitter. En vallée c’était une véritable fournaise (42 degrès !) et c’est encore difficile de trouver de la fraîcheur dans cette montée. Oh ouais, ça va être vraiment, vraiment long ces 30 kilomètres. Pour la première fois, je commence à douter, les jambes ne répondent plus, la chaleur m’accable vraiment, m’écrase sur la route. Je vide ma première gourde à force d’essayer de me rafraîchir en m’arrosant. Je décide de m’arrêter dans une épingle car le soleil tape sur la trogne, genre velu ! Assis à l’ombre à côté de nombreux participants, on est abasourdi par l’explosion d’un pneu mais sous l’effet de la canicule, on est genre “Ah ouais”. Son propriétaire, tellement dépité, ne bronche même pas. C’est vous dire l’état d’esprit général à ce stade de la course. Allez on y retourne.

Certains ne roulent plus droit, d’autres marchent à côté de leur vélo et certains ont carrément leurs pompes à la main. Il n’y a même plus de course, c’est juste l’envie d’aller au bout, de survivre. Je voulais écrire “kilomètres après kilomètres” mais c’est surtout “mètres après mètres” tellement mon allure est lente. Une image amusante est celle d’un habitant du coin, dans son jardin avec un tuyau d’arrosage à la main et tout une enfilade de cyclistes pour prendre une petite douche. Je passe mon tour pour un peu plus loin passer la tête sous un jet d’eau froide, ça c’est bon pépère ! Ça me donne un petit coup de boost, mais il sera de courte durée, je me prend un mur de chaleur en pleine trogne une fois sec. Je jete un oeil au gps puis sur le cadre sur lequel j’ai mis le sticker indiquant les cols et ravitaillements. Damn, le prochain ravito’ n’est plus très loin, allez on tient jusque là.

J’arrive à Saint-Martin-de-Bellevile vers 15h30, 1h30 pour 17 bornes. Là je ne sais plus quoi manger, quoi boire, je n’ai plus d’envie alors que pourtant je suis à la moitié de l’ascension. Un coup de mou qui m’est fatal, deshydraté, plus de jus. 17 km pour 1000 de D+ , nom d’un chien, ça n’en finira donc jamais ? J’essaye de repartir, roule une centaine de mètres et je me résigne : non je n’irai pas au bout. Une énorme déception pour moi de m’arrêter ici, mais physiquement, je ne peux plus y aller et je n’ai même plus la volonté d’essayer. Game Over.

On conclut

Plusieurs mois à y penser, en parler, à rouler pour ce jour là et ne pas finir, ça fait vraiment mal. Mal au moral mais c’est aussi pénible à vivre. J’aurai peut-être pu être mieux préparer physiquement mais rien ne prépare à une telle chaleur. Peut-être qu’avec quelques degrès de moins ça aurait été jouable, je ne le saurais jamais. Il n’y aura pas de match retour, il y aura juste d’autres objectifs parce que j’aime ça, les défis, découvrir d’autres routes, d’autres ambiances.